Peut-on fonder une morale sans Dieu ?


Café-philo du 12 mai 2014


La morale, ou encore l'éthique, pourrait être définie comme un ensemble de règles régissant nos comportements. Toutes les sociétés humaines en sont pourvues et tous les humains gèrent leur existence en fonction de ce qu'ils estiment bien ou mal. La difficulté réside alors dans la légitimité de ces valeurs. Comment être sûr de ce qui est bien et mal ? Existe-t-il une certitude morale à laquelle nous pourrions obéir sans réserve ?


Les religions monothéistes proposent des morales déontologiques, provenant de l'extérieur de l'homme. Ce dernier n'a donc pas à identifier ce qui est bien ou mal, car Dieu le fait pour lui. Ainsi, pour être une personne moralement bonne, il suffirait de suivre à la lettre les préceptes divins. Dieu, en tant que vérité absolue, rassure alors l'humain quant à la légitimité de ses actions.


Cela signifierait-il, qu'en dehors d'une morale déontologique, il devient impossible d'être moral ? Sans Dieu, l'homme serait-il incapable de fonder une morale autonome, c'est-à-dire qui provienne de lui-même, sans recours à une volonté située au-dessus de lui ?


Sans Dieu, l'homme est tragiquement libre, comme le pensait Sartre. Si personne n'est au-dessus de lui pour le guider dans ses choix, il devient alors entièrement responsable de ses actes et ne peut plus se cacher derrière une quelconque autorité (Dieu). Comment peut-il savoir ce qui est bien ou mal ?


Plusieurs pistes ont alors été abordées :
. La première est que l'homme, en tant qu'être de nature, est doté d'émotions. Ces émotions le renseignent sur ce qui est bien ou mal pour lui. En ce sens, les valeurs morales seraient avant tout des formes de jugements ressenties émotionnellement.
. La seconde est que l'homme est un être de raison, c'est-à-dire qu'il a la possibilité de critiquer les jugements que ses émotions lui délivrent. Cette critique va lui permettre d'affiner les jugements émotionnels en les rendant plus rationnels.
. Le troisième est que l'homme est avant tout un être social, lié aux autres. Sans le groupe, point de culture humaine possible. Il devient dès lors essentiel de considérer autrui dans les systèmes de valeurs morales mis en place.


À la lumière de ces trois données, il est apparu aux participants de ce café-philo que le dialogue, en tant qu'échange d'idées et de valeurs, serait une alternative laïque à une morale divine. Fonder une morale sans Dieu reviendrait alors non pas seulement à construire ses propres valeurs morales, mais bien plutôt à les co-construire avec autrui.


La co-construction se substituerait ainsi à Dieu dans la fondation d'une morale, non plus déontologique, mais bien autonome, venant des personnes même, en fonction de leur ressenti émotionnel, mais aussi d'une réflexion critique et commune.


Éric Suarez