Boom des cas de maltraitance envers les aînés?


Sommes-nous en train de vivre une explosion des chiffres de cas de maltraitance envers les aînés? S'agit-il d'un phénomène moderne ou d'une prise de conscience?


Dans le plan d'action gouvernemental 2010-2015, différents types de maltraitance sont décrits : la maltraitance physique, la maltraitance psychologique ou émotionnelle, la maltraitance sexuelle, la maltraitance matérielle ou financière, violation des droits et négligence.


D'après les statistiques ces formes de maltraitance sont observées aussi bien à domicile qu'en résidences incluant les CHSLD. Plusieurs types de maltraitance peuvent se retrouver chez la même personne, ainsi l'exploitation financière est souvent associée à des pressions psychologiques. Différentes sources d'informations confirment l'ampleur de ce phénomène sociétal. Une ligne d'aide, AIDE-ABUS-AÎNÉ, mise en place en octobre 2010, accueille un nombre grandissant d'appels, soit 2138 en 4 mois alors qu'ils s'attendaient à 3000 appels/an, soit d'une moyenne de 16 appels par jour et la ligne n'est fonctionnelle que de 8h à 20h. Des chiffres alarmants!!! Selon l'AQRP (Association québécoise des retraités des secteurs publics et parapublics) une hausse de 31% des plaintes des aînés a été recensée entre 2003-2007, soit de 15 379 à 20 207 dont 79% sont des abus financiers.


En 2009, toujours selon l'AQRP, 80 000 à 220 000 personnes de plus de 65 ans subiraient une forme de maltraitance.


Auprès de la Commission des droits de la personne au Québec, l'exploitation financière n'a cessé d'augmenter, l'organisme à lui seul, a instruit 11 enquêtes en 2006, 23 en 2007, 48 en 2008.


Des actions réfléchies et efficaces et des interventions urgentes sur le terrain sont plus que nécessaires. Comme le dit la procureure générale du Québec, Katherine Weil, l'État doit s'équiper pour mieux protéger ses citoyens. En 2009, le gouvernement a créé une escouade spéciale contre l'exploitation financière des personnes âgées avec « tolérance zéro », selon la ministre Marguerite Blais. Prenons l'exemple de l'Outaouais où fut présentée une loi pour protéger les aînés victimes de maltraitance où dénote la députée de Gatineau, Stéphanie Vallée, près de 13 000 cas de maltraitance dont 40% se sont produits dans des CHSLD.


C'est dans ce sens que nous pensons que la « Charte des droits de la personne âgée » trouve entièrement sa place, dessinant un cadre normatif de la lutte contre la maltraitance visant la protection des personnes vulnérables.


Ensemble avec des mesures d'ordre sociétal, gouvernemental et individuel, luttons contre ce phénomène qui prend de l'ampleur, surtout avec les prévisions de croissance ultra rapide de proportion de personnes âgées du Québec qui atteindra 25,6% en 2030 alors qu'elle a été à 14% en 2005, soit un taux d'accroissement de 112%, le plus élevé dans tout le Canada.


Ces différentes observations témoignent de l'aspect révoltant de ce phénomène sociétal qui appelle à des réponses efficaces.


Gloria Jeliu et Fouad Zerrouki