Le racisme de l'âge, ça existe!



Notre société nage en plein paradoxe. Elle est coincée dans un décalage entre la progression spectaculaire de l'espérance de vie et des croyances figées face au vieillissement. L'âgisme consiste à stéréotyper, discriminer et mettre à l'écart une personne sur la base de son âge. C'est, par exemple, de penser que la majorité des aînés sont malades, confus, déprimés, qu'ils sont aux antipodes des standards de beauté. C'est aussi d'être convaincu qu'un travailleur âgé n'est ni productif ni compétent. Curieusement, cette conviction, c'est bien souvent l'employeur, lui-même vieillissant, qui la nourrit!


Le « pourquoi » de l'âgisme est une question complexe qui va bien au-delà de la présente réflexion, mais ses conséquences, comme celles du racisme et du sexisme, sont pourtant bien palpables. L'âgisme exerce un effet dénigrant sur l'aîné : il amoindrit son estime de lui-même. Plus encore, avec le temps, il incite l'aîné à se désengager, à se mettre en voie d'accotement de la société. Ce faisant, c'est non seulement l'aîné qui souffre de ce retrait « imposé » mais tout autant l'ensemble de la société. Le désengagement des aînés, qui réagissent ainsi à l'âgisme, prive les adultes et les jeunes d'une expérience et d'une expertise inestimables.


La bonne nouvelle dans tout cela, c'est que nous sommes à un point tournant de l'histoire où le nombre d'aînés surpasse (et surpassera) celui des plus jeunes. Il faut donc saisir l'occasion pour faire changer les mentalités face au vieillissement, non pas de manière superficielle mais en profondeur.


Il ne s'agit surtout pas de nier le processus du vieillissement, mais plutôt d'aller au-delà d'un discours n'associant à ce processus que la seule et unique représentation d'un déclin généralisé. Reconnaître que l'âgisme existe et qu'il est le véhicule de transmission par excellence d'une telle représentation est, en ce sens, un point de départ essentiel. D'autant plus qu'à partir d'une telle prise de conscience, on peut espérer l'émergence d'un nouveau modèle de vieillesse, désancré de celui de la jeunesse. Un modèle qui donne aux aînés leur pleine « valeur ajoutée » à chaque société.


Martine Lagacé,
Vigie Âgisme