Briser le silence


Extrait du texte écrit par Pascale Laprise, travailleuse sociale à l'Institut Universitaire de Gériatrie de Montréal (IUGM) Protégez-vous- Guide pratique, aide aux aînés


Bien que la maltraitance envers les personnes âgées soit un phénomène social bien présent, on en entend peu parler. D'abord à cause de son aspect tabou. Puis, les aînés se sentant souvent vulnérables et isolés, hésitent longtemps avant d'en parler ou ne le font jamais. De plus, quelle que soit la forme de la maltraitance, les victimes, dans bien des cas, ont honte et souvent très peur. L'ampleur du phénomène est difficile à quantifier, car de nombreux abus ne sont pas déclarés.


RECONNAÎTRE LA MALTRAITANCE


La maltraitance envers les aînés peut se présenter sous différentes formes. L'abus physique est défini comme toute forme de violence touchant l'intégrité physique de la personne. Par exemple : recevoir de coups, des tapes, se faire pousser ou bousculer, se faire lancer des objets, se faire serrer les bras, se faire rudoyer, attacher à un lit ou à un fauteuil, etc. L'abus psychologique touche pour sa part à l'intégrité émotionnelle, par des actes comme se faire parler durement, recevoir des menaces, des propos blessants, dénigrants ou infantilisants, se faire ridiculiser ou humilier verbalement. L'abus sexuel comprend le harcèlement sexuel (verbal ou physique), les attouchements le viol et toute autre acte lié à la sexualité et pour lequel la personne n'a pas donné ou ne peut pas donner son consentement en raison de sa vulnérabilité. L'abus financier concerne les biens de la personne. On parle ici d'actes comme la fraude, le vol d'argent ou de biens, la manipulation visant à soutirer de l'argent aux victimes, l'utilisation frauduleuse de leurs cartes bancaires ou l'emploi de tout moyen de pression concernant un héritage ou la gestion de leurs finances. La négligence, enfin, est défini comme toute omission de poser un acte ou de répondre à un besoin reconnu de la personne âgée (que cela soit volontaire ou non).
Pour les personnes âgées victime d'une ou de plusieurs formes d'abus, qu'il s'agisse d'un geste isolé ou récurrent, il y a toujours des conséquences. Ces agressions génèrent chez elles une multitude d'émotions négatives comme la peur, de l'anxiété, de la détresse psychologique, de la confusion, de la honte, de l'incompréhension, et de l'insécurité. Dans le cas où la maltraitance se répète dans le temps, la victime peut ressentir une baisse de son estime personnelle, se replie sur elle-même et même s'isoler complètement. Ce type de situation conduit parfois à la dépression et au suicide. Les abus physiques ou sexuels graves laissent souvent des traces physiques sur le corps (fractures.). Et les abus financiers mènent à ;a perte de source de revenus, d'épargnes ou de biens matériels et laissent les victimes dans une grande insécurité pour l'avenir.


DENONCER LES ABUS


Prendre la décision de dénoncer la personne qui nous maltraite n'est jamais un choix facile et vient souvent bouleverser notre entourage. Bien qu'il puisse sembler relativement plus aisé de dénoncer quelqu'un que l'on ne connaît pas, les abus, qu'ils soient commis par un étranger ou un proche, emmènent souvent avec eux le sentiment d'être anéanti! Dénoncer une personne qui nous agresse dans la rue, vole notre sac à main ou encore nous fraude financièrement, n'est pas une mince tâche pour un adulte et en bonne santé. Alors, imaginez une personne âgée vulnérable. Certes, les choses deviennent encore plus bouleversantes lorsque la maltraitance subie vient d'un proche. Il n'est malheureusement pas rare que les aînés soient maltraités par leur conjoint, un de leurs enfants, un neveu ou une nièce, un ami ou une connaissance intime. Dans ces cas, bien sûr, la victime sait qui est la personne qui la maltraite, mais le lien affectif qui les lie rend la situation intensément plus complexe. Comment admettre que cette personne, qui normalement devrait veiller à notre bien-être, puisse causer cette souffrance? La victime vit un véritable déchirement, car elle doit choisir entre subir la maltraitance ou dénoncer quelqu'un qu'elle aime. Or, il est crucial d'agir, car ces formes d'abus sont les plus souvent répétitives et tentent à s'aggraver avec le temps.


TROUVER DE L'AIDE


Bien sûr, le fait d'être victime de maltraitance peut ébranler votre confiance dans les gens. Et pourtant, si vous voulez que ça arrête, il faut commencer par en parler à une personne en qui vous décelez une loyauté et une sincérité à votre égard. Ce peut être votre médecin, une infermière, une travailleuse sociale ou tout autre intervenant d'une clinique médicale, d'un hôpital, d'un CLSC, d'un centre de jour ou d'un organisme communautaire. Vous pouvez aussi contacter directement le service de police ou CLSC de votre secteur pour recevoir du soutien et de l'aide. Si vous n'êtes pas certain, vous pouvez consulter le plan du gouvernement provincial sur la maltraitance envers les aînés. Vous pouvez aussi appeler une ligne d'entraide téléphonique qui vous accordera écoute et soutien. La ligne Aide Abus Aînés, par exemple, est un service provincial gratuit, accessible à tous et en tout temps. Il offre de l'écoute, du soutien, des conseils, des références et des pistes de solution pour contrer les abus.