La valeur du temps



Le temps, donnée rare dont l'apparition remonte peut-être au Big Bang initial, est un élément essentiel à tout être vivant. « L'horloge du temps » se met en mouvement dès le début et ne s'arrêtera qu'à la fin. Cette fin est d'ailleurs programmée pour chacun d'entre nous. pour chaque organe. pour chaque cellule.


Après quelques millions de battements (70x60x8600x73), notre cour s'arrêtera. Nos cellules cérébrales qui ne se multiplient pas meurent chaque jour en nombre de plus en plus grand. Chaque cellule vivante de notre corps est elle-même programmée pour mourir, c'est le phénomène de « l'apoptose », qui se manifeste par une dégénérescence progressive des extrémités des chromosomes.


Un capital fixe


Nous sommes donc tous nés avec en « banque » une certaine quantité de temps (divisé en unité) que nous pourrons dépenser. plus ou moins rapidement. Il s'agit d'un capital fixe ne rapportant pas de dividende à réinvestir et, tôt ou tard, la fin biologique programmée arrivera lorsque ce capital sera épuisé. Ces unités sont donc très précieuses et ont une valeur. qu'il faut préciser, évaluer. de la façon la plus objective possible!


D'emblée deux points de vue, celui de l'individu et celui de son environnement social. Du côté individuel, un quasi-consensus : la plupart des gens lucides en santé donneraient n'importe quoi pour vivre quelques jours ou même quelques heures de plus. le temps pour eux n'a donc pas de prix.


À l'échelle sociale, tout est différent. D'abord, le conditionnement social varie avec les époques et les pays. Pourquoi, par exemple, en droit criminel, certaines sociétés sont-elles de plus en plus sévères, alors que d'autres favorisent la réhabilitation, chacune prétendant avoir raison.


La discrimination envers les aînés


L'âgisme, facteur de conditionnement prévalant dans nos sociétés, peut sûrement expliquer en partie les commentaires et attitudes variables avec les époques et dont beaucoup ont fait surface à tous les niveaux lors des débats récents sur l'euthanasie. Nous avons souvent eu l'impression qu'une heure de vie d'une personne âgée, non seulement n'avait pas de valeur, mais représentait une taxe sur notre capital social, l'euthanasie, elle-même pouvant devenir un acte de compassion pour le malade. tout le monde y trouvait son compte en plein dans la ligne de pensée judéo-chrétienne! Nous ne sommes peut-être pas si loin de l'attitude des conquistadors unissant la croix et l'épée, synthétisant et justifiant de façon parfaite la parole de Dieu par le meurtre et la rapine.


Surtaxée et craintive, notre société nous paraît encore trop prête a accepter sans distinction certains stéréotypes et leurs conséquences. Tout cela est évidemment faux au point de vue éthique, moral et social. L'heure de vie n'a pas de prix et présente la même valeur pour tout être lucide, quel que soit son âge.


Il est triste de noter combien peu de personnes âgées , 300 000, par exemple, de plus de 80 ans, ont participé activement aux débats récents. Peur ou indifférence? Souhaitons simplement qu'on leur fiche la paix avec tous ces nouveaux logos et slogans (IVV, code thérapeutique, dissimulés avec soin dans un flou légal et administratif).


Rappelons cependant que la valeur ultime reste la vie elle-même. Sans elle, c'est le néant, l'enfer ou le ciel. Et la loi sur terre veut que tout ce qui est vivant doit naître, croître et mourir. La longévité s'est accrue, mais la loi reste inéluctable. L'homme comme tout ce qui vit est mortel, même si le sort lui épargne les accidents et si la médecine vient à bout des maladies.


Heureusement, alors que beaucoup de vendeurs du temple s'agitent, nos législateurs et décideurs investissent avec raison dans l'immédiat : maintien à domicile, soutien aux aidants, standardisation des soins en institution.


Nous les félicitons en notant cependant que leur tâche ne fait que commencer. Aidons-les en nous rappelant que nous avons le pouvoir de le faire. exerçons-le!


Pierre Harel, M.D.
André Davignon, M.D.